Pourquoi j’aurais produit « le Portrait de la Jeune fille en feu »

Ce qui me touche avec Céline Sciamma c’est que ses films ont jalonné ma vie. J’ai vu Tomboy quand j’étais un enfant qui ne trouvait pas sa place avec les garçons et les filles. J’ai apprécié la Naissance des pieuvres avec mon premier amour de jeunesse. J’ai toujours trouvé une résonnance particulière de ses longs-métrages. Cette impression que j’avais peu à voir avec cet étrange triangle amoureux sur fond de Para One, que cet enfant trans aurait préféré ma vie à la sienne et que, pourtant, eux, elles, c’était moi.

Le Portrait de la Jeune Fille en Feu, c’est cette affirmation à son paroxysme. Comment s’identifier à ces femmes en cape dans la Bretagne de la fin du XVIIIème siècle alors même que je n’y suis jamais allé ? C’est parce que dès le pitch, je savais que la réalisatrice trouverait la réponse à cette question que j’aurais pu m’engager pour elle.

Faire un film de cape et d’épée, avec un pinceau à la place du fleuret était un pari audacieux qui reflète une vraie ambition artistique. Or, je ne considère pas la production autrement qu’avec une passion qui en fait un combat permanent.

Un combat avec la réalisatrice d’abord : comment la conseiller au mieux avec le recul nécessaire pour que, techniquement, ce film avec un dispositif si simple ne tombe ni dans le simplisme ni dans le superflu ? Comment s’assurer que son équipe puisse trouver des robes et parures à même de sublimer cet équilibre des couleurs si travaillé ?

Et puis un combat pour elle ensuite : montrer que le regard de Sciamma est novateur et que ce film doit exister car il apporte encore quelque chose au cinéma. Portrait de la jeune fille en feu me donne envie de taper aux portes de toutes les chaînes de télévisions pour leur crier : « l’humanité gagnera à ce qu’une romance lesbienne nous rappelle encore ce que c’est l’intensité amoureuse !» comme je le fais déjà auprès de mes amis.

Et à partir de là, le film devient un combat pour soi. Produire un film, c’est aussi l’ajouter à son catalogue, en être aussi un peu responsable. Lorsqu’il est primé, on peut en être fier de se dire que c’est aussi grâce à soi que les spectateurs ont passé un bon moment.

Ces récompenses font aussi de l’œuvre un bon investissement commercial. L’argument marketing est tout trouvé pour donner envie de payer son billet : quel est donc ce film qui s’adresse si directement à nous alors qu’il n’a rien pour ? Celle qui a reçu le César de la meilleure actrice en 2015 doit être convaincante, dirigée par sa compagne.

Pour pousser la logique pécuniaire encore davantage, dès lors que ce long-métrage est si universel, il peut aussi atteindre l’international. La scène la plus bouleversante du film se déroule sans dialogue au profit de Vivaldi. On peut alors rêver de le vendre aux catalogues étrangers.

On peut aussi encore plus se tourner vers le futur et voir que prendre des risques pour ce film c’est aussi un message pour que celles et ceux qui ont le talent pour accorder les couleurs aux sentiments en sobriété. Eux aussi peuvent envoyer leur synopsis pour que les sourires, les regards, les émotions qui valent le coup d’être filmés continuent d’être diffusés.

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